fullsizeoutput_1306Cette semaine j’ai eu un énorme vertige, une migraine carabinée en me réveillant. Des nausées, des larmes qui coulaient tellement la douleur physique faisait mal. Mais en fait, mes larmes venaient de ma douleur psychologique, j’en suis certaine.

J’ai beaucoup appris en deux mois. J’ai fait de belles découvertes sur moi-même. J’ai compris plusieurs choses. J’ai aussi fait la paix avec la culpabilité. Mon premier constat a eu lieu lors d’un souper de fête d’un ami. Toute la gang était réunie et on jasait de tout et de rien. Arrive le moment du souper…je n’ai personne à m’occuper.

Avant, on prévoyait ma place à côté de Sébastien pour que je puisse l’aider à manger. Ce soir là, pas de place prévue pour moi. Étant une personne qui préfère écouter, je ne pouvais pas participer à toutes les conversations que Seb aurait animé. Je me retrouvais face à moi-même et aux sujets de discussions à trouver. Voilà, je ne suis plus une aidante, je dois me redéfinir…

Cette semaine, c’était la signature avec la notaire. En tant que liquidatrice et seule héritière, je me suis « légué » la maison à titre de seule propriétaire. Une démarche simple puisque nous avions préparé tous nos papiers. Faites vos testaments, ça simplifie vraiment les choses! Voilà, je ne peux compter que sur moi maintenant, je suis propriétaire d’une maison…

Vient ensuite le retour du fauteuil roulant motorisé au CMR et la vente de la mini-van adaptée. Annonce sur Kijiji (merci pour tous vos partages) et visite d’un acheteur potentiel. Elle n’est pas encore sortie de la cour, mais c’est tout comme. Voilà, dernière chose adaptée qui va quitter notre vie bientôt…

Le vide créé par tous ces changements m’a donné le vertige, je suis seule maintenant. Mais la beauté de ce vide, c’est qu’il fera place à de nouvelles choses et à la nouvelle Martine.

J’adorais faire du lyp sync quand j’étais jeune, mais moi je ne voulais pas être la chanteuse. Je voulais être la choriste. Je ne voulais pas être en avant de la scène, je voulais faire les harmonies. Pourquoi ? Parce que les harmonies, c’est ce qui me donne des frissons dans une chanson, c’est ce qui rend la chanson plus grande que nature à mes yeux. Je voulais être la deuxième.

Avec Sébastien, j’ai joué un rôle de soutien. Je n’étais pas l’actrice principale. Mais vous le savez autant que moi, le personnage principal a toujours besoin d’un excellent rôle de soutien pour le mettre en valeur. Ça c’est moi! Je suis une bonne deuxième, je ne prends pas les risques, mais je supporte à merveille! Enfin, c’était moi. Voilà, je dois prendre toutes les décisions seule maintenant…

La fameuse journée du 17 mai, la dernière journée de vie de Sébastien. J’ai aussi compris que je ne l’avais pas vécu. Ceux qui me connaissent savent que j’ai été serveuse étant plus jeune (je vous aime encore tellement mes amis du St-Hubert!!!). Ce métier m’a appris à être souriante, prévenante et attentionnée envers les clients pour leur permettre de passer un moment agréable. Cette façon d’être a teintée toute ma vie par la suite.

J’ai coordonné et planifié la journée du 17 mai pour que tout le monde soit heureux, pour que tout soit « parfait ». Je ne me suis même pas gardé deux minutes seule avec Seb, trop concentrée à faire en sorte que tout le monde ait son moment. Je n’ai même pas eu mon moment à moi. C’est comme préparer un super beau souper pour plein de monde, mais ne pas avoir le temps de s’asseoir pour y goûter.

Quand j’ai rencontré Sébastien, j’avais 25 ans, j’étais encore une gamine. Me voilà 13 ans plus tard, femme et mère de deux enfants. Un coffre à outils bien rempli par les apprentissages de la vie et de la maladie. L’authenticité fera partie de ma vie encore plus, car je sais maintenant ce que je veux et ce que je ne veux plus. Je veux écouter mes feeling, ceux que j’ai étouffés par notre façon rationnelle de vivre la maladie et la fin de vie. Je veux goûter à la vie.

Avez-vous déjà fait un saut en parachute? Moi oui! Le moment à genoux dans la porte, juste avant de se lancer dans le vide. Ce moment où on se demande ce qu’on fait là. Ce moment terrifiant, mais excitant. Ce moment où on doit arrêter le cerveau et juste sauter dans le vide pour profiter à fond. Je suis là dans ma vie. Angoissée d’être en avant de la scène, mais excitée par l’abondance de possibilités qui s’offrent à moi.

Voilà, je suis maintenant l’actrice principale du film, l’auteure-compositeure-interprète de mes propres chansons et l’écrivaine des belles pages blanches qui composent la suite du livre de ma vie…

Tout est une question de perception

Martine

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