Où est passé le temps

Quelles seraient les conséquences si maintenant on décidait de prendre le temps?  Si au lieu de courir le matin pour amener les enfants à la garderie ou à l’école et se dépêcher à entrer au boulot, on choisissait une autre vie.

En écrivant ces quelques lignes, mes réflexions se sont multipliées. Trop de choses à dire en si peu de temps. Depuis mon retour  au travail, suite à la naissance de mes enfants, je ne peux que réaliser dans quoi je me suis embarquée.   Entre les allers-retours à la garderie, le travail, les devoirs, l’épicerie, le ménage,  le lavage, les activités des enfants, il ne reste que trop peu de temps pour vivre.  S’arrêter se fait dorénavant avec une certaine culpabilité et ça c’est si on y arrive. Comment « être » a pu disparaître au détriment de « faire »?

Sans jugement aucun, je regarde autour de moi et force est de constater que le partage des tâches  est loin d’être faite de façon équitable dans plusieurs familles.  L’émancipation de la femme est une chose merveilleuse sans équivoque, mais je dirais qu’il est loin de nous avoir libérées tant que ça.   Nos matins ressemblent souvent à une guerre froide. Et le retour est tout autant actif.

Moi, je viens probablement d’une autre époque, mais je suis de celle qui resterait à la maison avec mes enfants pour  leur offrir une enfance comme celle que j’ai eue moi-même.   Oui si on gardait nos enfants avec nous pour leur faire vivre une vie d’enfant en leur inculquant nos valeurs le plus longtemps  possible. S’ils venaient dîner à la maison à la marche.  Si les fameux cubes énergie n’étaient plus un défi, mais un mode de vie parce qu’on aurait davantage le temps de courir pour vrai au lieu de se battre contre la montre.

Quand nos gouvernements vont-ils valoriser le travail des mamans à la maison?  Je suis persuadée que nos enfants regagneraient un peu en politesse et en respect à l’autorité. Je suis certaine que nos enfants seraient moins malheureux, moins hypothéqués, car croyez-moi mon quotidien professionnel en déborde.  Ils redeviendraient notre priorité.   Et nos parents, si on les gardait aussi plus longtemps avec nous au lieu de les envoyer en centre, car ça aussi je peux affirmer que ce n’est pas jojo.

Je suis aussi de celle qui aime prendre de mon temps pour faire mon jardin et y cultiver des légumes et des fruits frais sans pesticide.  J’aime prendre le temps de cuisiner des mets faits maison et j’évite le plus possible ces produits transformés que les compagnies s’évertuent à mettre sur le marché pour répondre à une demande grandissante.  On y ajoute des additifs de toutes sortes pour conserver saveurs,  couleur et pour prolonger la vie de ces aliments.  Si on prenait le temps de faire notre pain, nos jus pressés. Et si dans tout cela nos enfants bénéficiaient de cette éducation alimentaire pour leur permettre d’adopter un mode de vie sain et qu’ils puissent  apprendre à nourrir leur corps d’aliments sains.

Si on accrochait nos vêtements sur la corde à linge pour qu’ils sèchent au grand vent, une force de la nature que l’homme n’a pas encore trouvé le moyen de le modifier pour en faire profit.

Oui effectivement toutes ces choses prennent du temps, mais on le ferait pour retrouver notre santé mentale et physique parce que l’argent n’achète pas tout cela.  Nos familles qui trop souvent craquent sous la pression du quotidien résisteraient-elles davantage pour rester nucléaires?  Nos enfants souvent trop maîtres à l’école seraient-ils moins rois, plus respectueux face à l’autorité?  Tous ces gens qui consultent ou qui partent en semaine de ressourcement, là où on se retrouve avec des personnes inconnues dans un silence complet pour respirer et se retrouver.  Pourquoi tant de tristesse et de problèmes de santé?

Si avec moins de monde sur les routes, les problèmes de trafic seraient chose du passé. Si avec une diminution des voitures, on aidait notre pauvre planète et ces déchets qu’on éliminerait des lunchs des enfants.  Ces problèmes de comportement qui se multiplient ne font qu’éveiller cette question en moi : où va-ton? Comment certaines personnes peuvent-elles agir de manières si peu courtoises?

Vivre avec moins nous ramènerait peut-être à l’essentiel, encore une fois, tout ce que l’argent ne peut acheter, renouer avec le voisinage, appeler nos enfants à l’aide du téléphone arabe et non avec le cellulaire, avoir des amis réels et non virtuels.

Je suis définitivement en manque du temps, du temps où j’en avais et je réfléchis activement à trouver une façon d’en avoir davantage pour le partager de façon saine et exempte de stress, maladie qui touche tellement de monde.  Utopie? Pistes de réflexion? Du moins, moi j’y crois.  Et si on prenait le temps de vraiment y penser.

Manon Gauthier

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