Miroir, miroir...je ne veux plus m'y voir

Voici toute une question de perception : Pourquoi accorder tant d’importance à l’apparence physique? Dans mon texte précédent, j’ai abordé la dépendance de mon conjoint,  tout en avouant mon côté sombre à moi aussi.

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais aimé le reflet dans mon miroir. À l’âge de 23 ans, j’avais une amie dont la sœur avait perdu du poids de façon drastique.  Curieuse, je lui ai donc demandé quel  était son truc, car dans mon cas, les régimes ne fonctionnaient pas.  Elle m’a avoué qu’elle était anorexique.  Au lieu d’y voir un problème, j’y ai vu une solution.

Je me suis donc mise à manger minimalement et à faire plus d’exercices.  La chute de poids s’est faite rapidement.  Enfin, des résultats! Cependant, je suis  vite tombée dans la boulimie faute d’énergie et suite à plusieurs étourdissements.  Je me suis remise à manger à outrance évidemment et pour me punir, je me faisais vomir afin de faire disparaître ces calories non-désirées. Je m’entraînais 7 jours sur 7 au moins 2 heures chaque fois.  J’étais fière, j’avais le contrôle sur cet aspect de ma vie. Insidieusement, la maladie s’est frayée un chemin dans mon corps et mes yeux n’étaient pas encore satisfaits de ce qu’ils voyaient.  Je persistais  à poursuivre mes « party de bouffe » comme j’appelais et mes rendez-vous avec la toilette. Tant d’excuses trouvées pour éviter les rassemblements autour d’un repas. Tellement de privation.

Les gens autour de moi s’inquiétaient en silence au début, mais étaient plus alarmants ensuite.  J’étais de glace, je pensais avoir le contrôle.  Toutes mes sensations, émotions étaient figés. La plus grande partie de moi était morte et j’avais comme seul objectif ma disparition. Plus je maigrissais, plus les gens me complimentaient et plus sans le savoir, ils renforçaient ma nouvelle confiance en moi et mon mauvais comportement.  Je me devais d’être mince pour être reconnue et appréciée.  Autrement, quel intérêt j’avais?

Plus je maigrissais, plus les gens me complimentaient et plus sans le savoir, ils renforçaient ma nouvelle confiance en moi et mon mauvais comportement.

Quand j’ai compris que la maladie me contrôlait totalement, les ravages étaient présents : plaies aux jointures, douleur à la gorge, migraine aménorrhée (mes règles ont été totalement absentes durant 6 ans). Le sentiment de bien-être qui s’en suivait habituellement avait complètement disparu.  J’ai consulté psychologues et thérapeutes.  Il m’en a fallu quelques-uns, car il faut trouver le bon pour soi.  Et j’ai trouvé celui qui m’a fait cheminer et qui m’a fait comprendre que j’en avais assez de retomber sans cesse.  Il était temps après 8 ans. Je n’ai plus de rechutes depuis 7 ans.

Mais la question persiste? Pourquoi l’apparence d’une personne prend-elle encore autant de place en 2016? Pourquoi se permet-on de juger quelqu’un sur sa beauté, sur les vêtements qu’elle porte, sur son  poids, sur ses cheveux…? Je suis outrée que des jeunes filles soient sollicitées en début vingtaine pour se faire offrir un traitement au Botox pour être resplendissante à leur bal de finissants.  Je suis peinée de voir encore des jouets de petites filles, comme les Monster High ancrée dans le  stéréotype de la fille qui  se doit d’être épilée, manucurée, pédicurée, coiffée et s’obliger à marcher avec des  talons hauts même pour aller faire des emplettes.  Non, mais!

Pourquoi l’image qui circule encore de la femme parfaite ne correspond qu’à une fraction minime de la population féminine? Pourquoi les pires juges sont les filles entre elles? Pour qui nous prenons-nous pour dire à quelqu’un que ce qu’il porte n’est plus de son âge ou le fait paraître plus gros? C’est triste non?  Pourquoi à travers les yeux des autres, je devenais plus ou moins importante?  Pourquoi les commentaires que j’ai reçus tout à fait gratuitement de la part des gens que je connaissais ou non ont eu cet impact sur ma vie? Est-ce que je m’aime?  Sincèrement. Oui. Non. Ça dépend. Mon temps est donné à d’autres priorités, mais j’apprends à être respectueuse de cette machine merveilleuse qu’est mon corps  et à tout ce qu’il me permet de faire.  Je me donne le droit au même respect que j’offre aux personnes si belles qui m’entourent et qui ne concordent pas nécessairement avec les critères de beauté que la société demande.

Je n’ai et n’aurai jamais le corps que la petite voix dans ma tête me supplie d’avoir encore aujourd’hui.  J’ai mes parts d’ombre et de lumière et j’ai choisi de rester dans la lumière même si c’est encore difficile, même si la confiance n’est pas toujours au rendez-vous. Je sais que je suis plus que simplement un corps et même si je l’ai compris un peu tard, je m’affaire à l’enseigner à mes enfants. J’aimerais leur éviter ce genre d’attitudes, particulièrement pour ma fille, mais sans avoir la tête dans le sable, je suis consciente que pleut un tas d’images dans la société.

On ne choisit pas d’être différent, mais on choisit les propos que l’on dit.

Si on apprenait aux jeunes à trouver quelqu’un beau pour ce qu’il est et non pour ce qu’il projette comme image. Si on apprenait à s’aimer pour vrai, il me semble que c’est ça la beauté!

Manon Gauthier

Advertisements