Une bouteille à la mèreC’est fait, j’ai accepté de me lancer dans cette aventure parce que c’est Martine tout simplement. Me voilà devant mon ordinateur et ces mots qui me viennent habituellement si facilement se bloquent, s’entremêlent. Mes propos vont-ils être assez intéressants, percutants, touchants?  Pour mon conjoint, ils l’ont été, du moins sur le coup.  Il m’a même autorisé à publier ce premier article. Une chose certaine, j’essaierai d’être… authentique.

Je suis une femme de 38 ans, mère de deux enfants de presque 4 et 5 ans. Je suis aussi la conjointe depuis presque 7 ans  d’un homme qui lui partage notre vie avec la bouteille. Avant de rencontrer le père de mes enfants, je m’étais pourtant promis que l’alcool abusive ne ferait pourtant plus partie de ma vie, j’en avais assez eu comme ça.  Je suis tombée en amour avec lui,  hésitante au début, mais à fond par la suite.  J’avais la certitude que pour une fois, les sentiments étaient mutuels.

Il a toujours bu. Pour fêter, pour décompresser, pour se calmer et pour rien. Tous les gens qui tournent autour de lui boivent pour les mêmes raisons.  Au début, je vivais assez bien avec cette réalité, mais à présent, avec la venue de nos enfants, les choses ont changé.  Avec les années, son corps ne tolère plus aussi bien l’alcool, les effets se font ressentirent rapidement, je le vois dans sa diction, sa position,  ses propos, dans tout son être.  Lui relaxe et moi je stresse.  Mon attitude a changé, car moi aussi mon corps ne tolère plus le pshhh des bouteilles de bière et la vitesse à laquelle le vin disparaît me sidère à chaque fois.  Je deviens agressive et lui sur ses gardes.  Je sais pour avoir entendu des enfants d’alcooliques que la violence est souvent présente.  Heureusement, dans notre cas, ce n’est pas notre réalité.  Il est parfois inadéquat verbalement, surtout avec moi, il est imprévisible, il dort d’un sommeil agité et agressif.  Il dort, car mon sommeil à moi est hypothéqué.

J’ai souvent été gênée de ses agissements, de son attitude.  Mais mes enfants vieillissent et sont conscients, dans les limites que leur âge leur permet.  J’avoue que je suis effrayée de ce qu’ils pourraient voir ou entendre de sa bouche dans ces moments.  Pour eux, l’alcool est normale, elle fait partie de leur vie.  Mon fils de 3 ans et demi va chercher de la bière dans ses jeux.  «  C’est à semblant maman » qu’il me dit.  Et pour moi, c’est tout sauf un jeu. Qu’est-ce que je veux?  Les protéger. Leur offrir une famille saine, respectueuse, aimante et complice.  Mais comment?  Plusieurs me demandent pourquoi je ne le quitte pas? Parce que je l’aime, parce que je crois à la famille nucléaire, parce que j’ai confiance qu’il allumera malgré les « promesses d’alcoolique ». Quelles sont donc les solutions pour préserver notre noyau si mon chum ne peut y arriver, je dois le faire, non?

Je sais bien que l’alcoolisme est une maladie et je ne diminue pas le courage qu’il faille pour traverser cette épreuve.  Un nouveau défi invite même la population à ne pas consommer d’alcool tout un mois et plusieurs ont échoué.  Je suis la première à aimer mon verre de vin la fin de semaine, mais je suis aussi de celle qui s’est battue pour passer à travers ma dépendance à moi.  J’ai été anorexique-boulimique durant 7 ans, sujet sur lequel il me fera plaisir de m’étendre une prochaine fois. Je sais donc que le combat n’est pas facile, mais encore faut-il grimper sur le ring, saisir les gants et mettre K.O cette force de l’extérieur qui nous pousse inlassablement dans les bras de la bouteille, de la ligne de poudre, du bol de toilette.  On a tous notre rival.  Est-ce que ma situation est moins pire parce qu’il n’est pas violent?  Le fait qu’il entre au travail tous les jours et qu’il ne lève pas la main sur nous m’obligent-t-il à lui laisser du temps pour s’en sortir?

Tant de questions dont je ne détiens aucune réponse. Quels seront les ravages réels sur notre couple, notre famille, nos enfants? Qui est cet homme que je ne connais que si peu, en état d’ébriété ou en état de manque, je sais qu’il n’est que l’ombre de lui-même.  Un homme sensible, écorché par son parcours, refusant de choisir de se regarder une fois, même une seule dans le miroir et affronter ses démons qui le tourmentent.

Qu’en est-il de celui qui vit avec la personne malade? Est- ce que le naufrage de l’un doit automatiquement entraîner l’autre vers le bas?  Pour ma part, je fais le choix de protéger mes enfants au mieux de mes qualités de maman et pour mes enfants, je me choisis aussi.  Je réalise mes projets en parallèle à ma vie de famille, jamais très loin de mon chum en espérant qu’il tende la main vers moi et les enfants et qu’il fasse le bon choix.  Quand il l’aura fait, bien on verra…

Voilà un premier écrit pour vous présenter ma famille : Moi, lui, eux et la bouteille. Trouvez l’intrus?

Manon Gauthier

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