Performance

Je suis allé prendre un café avec ma mère ce matin, pour discuter de plein de choses : nos blessures d’enfance qui ont un impact dans notre vie d’adulte, la dualité entre nos petites voix à l’intérieur qui nous induisent en erreurs, ma difficulté à faire des choix par peur de me tromper, mon désir d’être à la hauteur et de performer…

Nous avons aussi parlé de mon arrêt de travail. Et oui, je suis en arrêt de travail depuis bientôt 3 semaines et je le serai encore pour 3 autres semaines. Ma discussion avec ma mère m’a donné une idée d’article pour lequel le titre dit tout : Performer, même dans ma dépression!

En revenant à la maison, j’ouvre mon ordinateur pour écrire cet article qui m’interpelle au plus haut point. Avant de me lancer dans l’écriture, j’ouvre mon Facebook pour y trouver sur mon fil d’actualité, dans la page Les Inspirés, un article sur la génération burn-out et la performance. Wow! Ben coup donc, je dois être dans l’ère du temps avec ma dépression…cool je suis in! Ok ça c’est de l’humour…

La performance nous suit partout. Nous avons été élevés en étant performant. On a eu des enfants en voulant être performant : Je dois accoucher naturellement, je dois allaiter, je dois faire du cardio-poussette ou autre machin truc cool qui permet de se remettre en forme rapidement et d’avoir l’air d’une maman épanouie et en santé. Je dois…je dois…

Et ensuite on transpose nos Je dois sur nos enfants : Tu dois faire tes nuits rapidement, tu dois être poli, tu dois apprendre à compter jusqu’à 10 avant d’entrer à la garderie (ben quoi, pourquoi pas!), tu dois être propre rapidement, tu dois savoir te faire des amis facilement, tu dois parler correctement (et surtout ne pas avoir de problème ou retard de langage!), tu dois apprendre à marcher vite, mais pas trop pour suivre les étapes recommandées, tu dois…tu dois…

On se met tellement de pression sur les épaules! Vous savez quoi, j’en ressens même pendant mon arrêt de travail (Officiellement, il est écrit sur le papier du médecin : Trouble d’adaptation avec humeurs dépressives. Bon c’est clair maintenant!). Oui, oui! Je vous explique. J’ai en moi une pas mal bonne dose d’empathie et je suis une bonne oreille. Je comprends rapidement l’état d’être d’une personne. Il y a différentes personnes autour de moi qui ont déjà fait une dépression ou un épuisement professionnel (ça a l’air tellement plus cool dire qu’on fait un épuisement professionnel, on dirait qu’on travaille vraiment plus fort que les autres et que c’est pour ça qu’on doit arrêter!). Je n’ai jamais jugé ces gens-là autour de moi, car je comprenais que ça amenait une grande souffrance. Je prône moi-même l’arrêt de travail et je suggère à mon entourage de consulter des professionnels de la santé (psychologue, médecin, travailleuse sociale, etc.) quand ils ont l’air à bout. Maintenant que c’est moi qui suis en arrêt de travail et qui consulte toutes ces ressources, je comprends…

Je comprends le regard des autres. Je comprends les questions que les autres nous posent et qui nous rendent tellement mal à l’aise :

L’autre : T’es en arrêt de travail? Ah ouin, tu devais avoir des symptômes?! C’étaient quoi?
Moi : Euh oui j’avais des symptômes (mais je ne sais pas vraiment si tu vas trouver que c’est assez gros pour exiger un arrêt de travail. Alors je vais mettre l’accent sur certains mots pour que tu trouves que ça justifie la chose). Je pleurais sans arrêt, je suis super impatiente avec les enfants (ah ouin, toi aussi tu es à boutte pis tu continues pareil à travailler, je le sais t’es hot!), j’échappais quelque chose par terre et c’était la fin du monde (c’est ben niaiseux ça, penche-toi pis ramasse-le c’est tout! Je sais, moi aussi je me dis ça, mais c’est plus fort que moi!).
L’autre : C’est cool, t’es en congé! Tu vas pouvoir aller magasiner ou écouter plein de films. T’es chanceuse!
Moi : Ouin c’est vrai… Mais tsé, je suis super fatiguée, j’ai vraiment besoin de me reposer. (Tu comprends vraiment rien, je suis en arrêt de travail imbécile (oups désolée!!!), je pleure pour rien, vider le lave-vaisselle me demande de l’énergie, mon corps à décidé de lâcher!).
L’autre : Tu vas avoir plein de temps pour faire ce que tu aimes!
Moi : Ah ah oui c’est vrai! (Je sais même plus ce que j’aime! Je me suis perdue dans le tourbillon du travail, des enfants, de la maladie de mon chum, demande-moi pas en plus ce que j’aime…je le sais même plus ce que j’aime!). Le médecin m’a dit de me trouver une activité physique qui me ferait du bien.

Et ensuite, quand je rencontre quelqu’un ou que quelqu’un m’appelle et me demande comment je vais, j’ai l’impression que je dois démontrer que je suis vraiment épuisée (Ben quoi, je ne suis pas pour sourire et dire que je vais bien. Tu vas te demander pourquoi j’ai pris un arrêt de travail. Tu vas dire que je profite du système. Peut-être que tu ne me le diras pas à moi, mais tu vas le penser. Tu vas en parler aux autres, pour peut-être même te justifier toi que tu es capable de continuer à tout faire alors que tu es aussi épuisé et que tu n’as pas besoin d’un arrêt de travail toi!). Alors je te dis que je vais pas pire ou que je vais mieux. J’essaie de ne pas être trop souriante pour que tu comprennes que c’est justifié. Et souvent, je passe à autre chose. Je pose des questions sur toi, parce que tu aimes bien parler de toi. Ça va enlever le focus de sur moi.

Un arrêt de travail, ça représente aussi un temps pour travailler sur autre chose de beaucoup plus important…soi-même! J’essaie de trouver des réponses. J’essaie de voir pourquoi je me suis rendue là. À quel moment j’ai franchi la ligne que je n’aurais pas dû franchir? Où est ma limite que je n’ai pas su reconnaître? Quels sont les comportements que je reproduis sans cesse et qui m’amènent là? Si je veux recommencer à travailler, je dois trouver l’équilibre dans ma vie et reconnaître les signes de la dépression avant qu’elle ne revienne me hanter.

Donc oui je suis en arrêt de travail (petite précision en passant, je n’ai pas de permanence à ma job, c’est donc l’assurance chômage maladie qui va me payer, moins les deux semaines d’attente. Ça revient pas à grand chose quand ton conjoint est aussi arrêté de travailler à cause de sa maladie. Donc si j’ai vraiment choisi de recevoir moins de la moitié de mon salaire habituel, c’est que j’en avais vraiment besoin de ce temps d’arrêt là). Je prends du temps pour réfléchir à ce que je veux, à ce que je ne veux plus. Quelle genre de vie je veux, quels choix je veux faire pour être heureuse.

Vous voyez, même dans mon arrêt de travail, je performe pour réfléchir à qui je suis, à où j’en suis rendue et quelles sont les décisions que je veux prendre pour être heureuse. Je fais « mes devoirs » de déprimée pour revenir à un état « normal ». Il ne me reste qu’à trouver une activité physique qui me procure du plaisir. Plusieurs sont ceux et celles qui m’ont avoué que le sport les avait beaucoup aidé à remonter la pente. Donc allez mon cerveau, c’est pas parce que je suis en arrêt de travail que tu dois arrêter de travailler toi aussi…trouve tes réponses!

Tout est une question de perception…

Martine Phaneuf

 

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