Pause
La ferme Champy à Upton, champs de tournesols

Je sais que je suis souvent impatiente depuis quelques semaines…Je sais que vous aimeriez retrouver votre maman, celle qui sourie et qui aime jouer avec vous…J’aimerais vous expliquer, mes belles cocottes, pourquoi maman est comme ça…

Première chose que je veux que vous sachiez, ce n’est pas de votre faute. Vous êtes toutes petites et c’est moi l’adulte. Je devrais être forte et être une super maman! Mais là, maman est fatiguée. Dans le dernier mois, tous les microbes possibles ont frappé à notre porte. Pneumonie, bronchite, gastro et grippe ont élu domicile dans vos petits corps et dans le mien aussi. À tour de rôle, nous avons tous été malades à la maison.

Et toi, mon ange, qui ne dors pas bien la nuit, qui jase ou chigne, qui prend jusqu’à une heure à te rendormir, saches que maman ne se rendort pas tant que toi tu ne te rendors pas. Même si je ne vais pas te voir, parce que je ne sais plus quelle tactique employer et que je finis par te laisser te rendormir seule, je suis incapable de me rendormir tant que tu ne dors pas. Je me demande ce que je fais de pas correct, je repasse tous les conseils lus à quelque part à propos du sommeil d’un enfant. Et si tu étais encore malade? Et si j’avais créé une mauvaise habitude en me levant pour aller te voir? Ta soeur dort si bien, pourquoi ça ne fonctionne pas mes trucs avec toi? Et à un moment donné, le sommeil l’emporte, mais tu peux imaginer que ma nuit n’est pas très bonne.

Papa est malade. C’est maman qui s’occupe de vous à tous les matins, à tous les soirs. Je m’occupe aussi de papa. Je travaille aussi. J’aimerais rester à la maison avec vous, mais nous avons fait des choix qui m’amènent à travailler. Papa lui, ne peut plus travailler.

Quand vous ne voulez pas vous habiller tout de suite, quand vous ne me répondez pas quand je vous pose une question parce que vous êtes rivées sur vos petits bonshommes à la télé, je sais bien que ce n’est pas si grave que ça. Et pourtant, je bouille à l’intérieur parce que je suis si occupée, que je n’ai pas de temps pour moi, parce que je suis tannée de répéter. La moindre petite chose m’apparaît parfois comme une montagne à surmonter.

J’étais persuadée que j’allais bien. Vraiment. J’étais persuadée que le fait d’être entourée d’amis qui nous aident et de famille attentive et disponible, m’aiderait à passer à travers sans problème. Je le pensais pour vrai.

Mais maman avait tort.

Je suis allé voir mon médecin. Je me suis mise à pleurer dans son bureau, sans pouvoir m’arrêter. En voulant être trop forte, maman a oublié sa peine. Depuis quelque temps, maman ne travaille pas, et je ne sais pas quand je retournerai travailler. Vous allez continuer à aller à la garderie, car j’ai besoin de me reposer. J’ai besoin de pleurer.

Maman n’est pas en vacances. Maman n’est pas en congé. Maman est en arrêt de travail. Depuis que j’ai décidé que j’en avais besoin, c’est comme si un gros stress venait de quitter mes épaules. Juste cette décision fait déjà du bien. Vous ne le savez pas encore, mais quand on est adulte, et qu’on est très stressé et en mode survie, quand on prend des vacances, on tombe souvent malade. Comme si le corps disait : Yes, je peux enfin me reposer! Et bien là c’est pareil. C’est comme si mon corps disait : Yes, je peux enfin arrêter d’être fort!

Je vous promets, le soleil va revenir. Maman va retrouver l’énergie nécessaire. Je vais avoir besoin de vous mes cocottes pour être compréhensives avec moi. Est-ce que c’est trop demandé à deux petites filles de 2 ans et 4 ans? Maman est toujours là, peut-être un peu moins souriante, mais je suis là.

Je vous demande de me faire des câlins, de me donner des bisous. De rire aux éclats lorsque je vous chatouillerai. Possible que ça me fasse plus de bien que ce petit billet d’arrêt de travail remis par mon médecin. Possible que ce soit grâce à vous que je pourrai mieux que quiconque passer à travers cette épreuve. Alors mes cocottes, êtes-vous prêtes à faire ça avec moi?

Maman a juste besoin d’une pause…le soleil reviendra c’est promis.

Martine Phaneuf

 

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